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La coévolution du « vol d’identité » et des systèmes de paiement

serge boue

Dans cet article ​1​, l’auteur fait le constat que le « vol d’identité » est une terminologie contestable. Il n’y a pas réalité de « vol » mais utilisation frauduleuse d’éléments identificateurs de la victime. En France, il est souvent préféré l’expression « Usurpation d’identité ».

Il observe  » une propension des médias à entretenir un discours alarmiste quant à la gravité du problème et à ses manifestations ». Il y a pourtant un paradoxe. L’État manifeste un intérêt très relatif pour le phénomène et la légitimité des institutions financières ne semble pas affectée.

Il existe peu de statistiques officielles sur ce phénomène. Les données statistiques viennent de sondages privés. Les médias développent le mythe des « super-délinquants opéreraient à l’échelle mondiale et mobiliseraient des compétences techniques hors normes pour se procurer des millions d’identités qui seraient ensuite revendues ». Pourtant dans la réalité la majorité des délinquants ont un profil beaucoup plus quelconque. Dans le 46.9% des « vols d’identité » implique le vol physique de portefeuilles et de sacs à main, alors que l’utilisation frauduleuse de fichiers informatiques auxquels les fraudeurs ont accès dans le cadre de leur emploi légitime représente 29,9 % des affaires. Les techniques de piratage abondamment décrites dans la presse, comme l’hameçonnage (le « phishing ») ou le déploiement de botnets, n’ont été utilisées que par 6,9 % des individus arrêtés.

Plus des deux tiers des cas de « vol d’identité » impliquent l’utilisation frauduleuse de cartes de crédit ou de débit. Ainsi pour l’auteur « Contrairement à ce que laisse entendre le discours dominant sur le « vol d’identité », ce type de fraude n’a rien de très nouveau ni de très mystérieux. Il a véritablement pris des proportions considérables dès la seconde moitié des années 1960, après l’introduction du nouveau système de paiement par carte de crédit. ».

Il y a un « transfert des opportunités criminelles qui exploitent les nombreuses faiblesses techniques et procédurales inhérentes à la dématérialisation des flux financiers. » La criminalité doit être mise en regard du nombre de transaction.

Cette migration criminelle vers les moyens de paiement dominants s’accompagne par le recul de la délinquance associée à la circulation des moyens de paiement comme le chèque ou les espèces.

Il y a donc coévolution des moyens de paiements et de la criminalité associée à ces moyens de paiements. Elle met en lumière « l’existence de cette tension entre sécurité et utilité, qui sous-tend le développement des crimes liés à l’identité »

  1. 1.
    Dupont B. La coévolution du « vol d’identité » et des systèmes de paiement. crimino. Published online April 4, 2011:247-268. doi:10.7202/1001777ar
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